Un vent de révolte a soufflé ce week-end du 5 et 6 juin à la salle des fêtes de Carrières-sur-Seine ! Un vent venu tout droit du siècle des lumières, qui a vu de grands penseurs et artistes devenir les précurseurs des libertés à venir. Marivaux et Olympe de Gouges en faisaient certainement partie, et c’est ce qu’ont magnifiquement montré les textes rassemblés pour l’occasion de ces deux auteurs (« La colonie » de Marivaux et « La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » d’Olympe de Gouges), ainsi que la mise en scène engagée de Bérangère Jean et les interprétations incarnées des comédiennes et comédiens de la troupe du mardi ! Bravo à tous et toutes ! Le public a pu retrouver à travers ces textes des origines du mouvement de libération des femmes – un parcours long, très long, semé d’embûches et qui n’est pas terminé (faut-il le rappeler ?!). Marivaux a ainsi imaginé une communauté isolée sur une île, dans laquelle les femmes décident de revendiquer leurs places, donnant lieu à des débats enflammés et des confrontations croustillantes, mais aussi à des dilemmes internes au sein même de la communauté féminine de l’île, rendant cette pièce fine en plus d’être militante. En outre de jouir des propos éminemment politiques que cette pièce offrait à entendre et d’une langue délicieuse, le public a ri, notamment en observant tous les efforts désespérés (!) de ce jeune couple pour essayer de sauver son amour (absolu évidemment..) de la bataille révolutionnaire en cours ! Ou ces femmes affirmant leur beauté et leur coquetterie devant des miroirs imaginaires. A signaler au passage ô combien les anglaises siéent parfaitement à Antoine. Magnifique.
Debout femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout !
Plus tôt, les jeunes du Théâtre du Carrillon s’étaient également produits sur scène toujours sous la houlette de Bérangère, cette dernière ayant à minima fortement remanié sinon écrit totalement ces comédies, ces textes faisant appel à l’imaginaire du spectateur et délivrant aussi des messages sociaux. Le groupe des lycéens d’abord, a eu la joie cette année de jouer deux fois, en lever de rideau du spectacle des adultes. « L’Esprit des roses » montrait des phénomènes étranges survenant à une jeune troupe de théâtre amateur lors de leur répétition de « Roméo et Juliette » : du théâtre dans le théâtre, des interférences entre personnages et comédiens, à la Pirandello ! Bravo à toutes les comédiennes et aux comédiens, le public a ri et souri de nombreuses fois et a été aussi certainement ému… Sur ce dernier point on aura pu retenir des vraies et belles tirades de la pièce de Shakespeare et un épilogue saisissant. Plus tôt le samedi ce sont les enfants de primaire qui ont représenté « La truite qui voulait gouverner l’univers » dénonçant avec tendresse et poésie la tyrannie et la cupidité des puissants dans l’univers d’un étang, mettant en scène les animaux vivant dans ce milieu aquatique. Un grand bravo aux enfants, qui ont su (à 11 sur scène !) tenir le texte et les placements, sur la longueur, avec de vrais beaux moments de jeu ! Puis ce fut le tour des collégiens de 6èmes et de 5èmes qui représentèrent « Sur les rails… ou pas ». Ils surent incarner avec sincérité et énergie les personnages d’une gare: voyageurs, contrôleurs, vagabonds, serveurs… dans un lieu où les spectateurs ont alors pu observer les vies et comportements d’humains au sein de cette mini-société. Pour boucler la boucle, le spectacle des 4èmes – 3èmes (« Où est donc passé mon Alinéa ?») reparla de femmes, mais cette fois voulant « secouer » leurs hommes (mari, fils) les entourant, dans un royaume et un monde imaginaire truffé de pièges : une odyssée d’hommes, initiée par leurs femmes (épouse, mère). Là encore des rires et des sourires, et des personnages nombreux bien incarnés ! Bravo aux collégiens !
Aussi : un bravo particulier à Alain Wilmet, qui a réalisé les costumes des enfants (waw les animaux ! – grenouilles, écrevisses, poissons…) et les décors (notamment un château, une prison pour poisson, un majestueux poirier !), et puis un merci pour la tenue de toute la régie lumière en particulier et pour la gestion des aspects techniques en général, tout le long de ce week-end intense. Merci et bravo Alain !
Et puis bravo Bérangère, bravo aux comédiennes et aux comédiens, pour ce week-end magique, revendicateur et réussi !
Enfin un merci à tous les bénévoles de l’association (et ils ont été nombreux) qui ont participé à la préparation et à la gestion du week-end (l’accompagnement des enfants, les entrées, le bar, la photographie, le transport et le montage/démontage des décors, la gestion des boissons et intendance…), sans qui un tel week-end ne pourrait tout simplement pas avoir lieu. C’est aussi cela une association de théâtre !

Photo de Céline ROUSSEL
D’autres détails du spectacle adultes ici.
